SASU ou EURL : laquelle choisir ?
SASU ou EURL ? Le premier critère est l'allocation chômage, le second votre projet d'investir. Et parfois, la bonne réponse, ce sont les deux.
SASU ou EURL : tout dépend d'abord du chômage. Si vous touchez l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE), la SASU vous permet d'en vivre sans cotiser tant que vous ne vous versez pas de salaire. Sans ARE et avec un besoin de revenu rapide, l'EURL coûte moins cher en cotisations. Pour investir, la réponse est souvent : les deux.
Pourquoi « combien il me reste » est la mauvaise question
On me demande souvent de comparer les deux statuts sur un chiffre : je fais tant de chiffre d'affaires, combien il me reste au 31 décembre ? C'est une question de salarié. Un entrepreneur ne se demande pas seulement ce qu'il garde, il se demande comment il a mené le bateau.
Il faut bien sûr se verser de quoi vivre : le loyer, les courses, les besoins de base. Mais au-delà, l'objectif d'une société, c'est de faire de l'argent avec l'argent. Chaque euro que vous sortez en rémunération passe par les cotisations, puis par l'impôt sur le revenu. Chaque euro qui reste dans une structure pensée pour investir subit beaucoup moins de frottement. Le bon choix de statut, c'est celui qui réduit ce frottement selon ce que vous voulez faire de l'argent.
La première question : touchez-vous l'ARE ?
Quand on crée une société, il n'y a pas trente-six critères. Le premier, c'est celui-là.
- Vous avez des droits au chômage (ARE). La SASU est souvent la plus logique. Vous vivez de l'allocation pendant la durée de vos droits, vous ne vous versez pas de salaire, et la société met de côté au maximum. (Vous pouvez aussi demander une partie de vos droits en capital, l'ARCE : c'est un autre calcul, à faire selon votre situation.) C'est le pied à l'étrier : les premiers mois, tout ce que l'entreprise gagne reste dans l'entreprise.
- Vous n'avez pas d'ARE et vous avez besoin de cash rapidement. L'EURL est mieux placée, parce que la rémunération du gérant y coûte beaucoup moins cher en cotisations.
Si vous sortez de la micro-entreprise, la question se pose exactement de la même façon. Et dans tous les cas, c'est un point de départ, pas une décision pour vingt ans.
SASU ou EURL : qu'est-ce qui change sur votre rémunération ?
À rémunération égale, l'EURL vous laisse davantage en poche. La SASU coûte plus cher dès que vous vous versez un salaire, mais ses dividendes échappent aux cotisations sociales et elle vous protège mieux.
| SASU (président) | EURL à l'IS (gérant associé unique) | |
|---|---|---|
| Statut social | assimilé salarié, régime général | travailleur non salarié |
| Cotisations sur la rémunération | élevées : 70 % de la rémunération dans le dossier détaillé plus bas | plus faibles : 40 % dans ce même dossier |
| Sans rémunération | pas de cotisations | des cotisations minimales restent dues |
| Dividendes | prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis 2026 (impôt et prélèvements sociaux compris), pas de cotisations sociales | la part qui dépasse 10 % du capital, des primes d'émission et des comptes courants est soumise aux cotisations |
| Protection sociale | plus large, mais plus chère | plus légère |
Ces taux sont ceux d'un dossier réel, pas une règle : le calcul exact dépend de votre niveau de rémunération et de votre situation personnelle et professionnelle. Pour une première comparaison sur vos propres chiffres, utilisez le comparateur de statuts.
Le cas le plus parlant que j'ai suivi : un couple de dirigeants, la cinquantaine, une entreprise de nettoyage de 8 à 9 salariés et un million d'euros de chiffre d'affaires. Ils étaient en SAS depuis plus de vingt ans, se versaient 4 000 € brut chacun et n'avaient plus d'argent en fin d'année. En changeant de forme, leurs cotisations sont passées de 70 % à 40 % de leur rémunération. Avec la nouvelle stratégie de rémunération et le reste du travail sur la trésorerie, le gain dépasse 60 000 € par an (le dossier complet est dans optimisation fiscale : ce que c'est, ce que ce n'est pas). Pourquoi étaient-ils en SAS ? Pour la raison de presque tout le monde : à l'époque, ils touchaient le chômage. C'était le bon choix il y a vingt ans. Ce n'était plus le bon aujourd'hui, et chaque année passée dans la mauvaise structure leur coûtait plus de 60 000 €. Ne rien faire, c'est aussi un choix, et ce choix a un coût.
Et si la bonne réponse, c'était les deux ?
Pour un dirigeant qui veut construire un patrimoine, la question « SASU ou EURL » se transforme. La structure que je recommande le plus souvent dans ce cas, c'est d'avoir les deux, à deux étages.
- En bas, une société d'exploitation (souvent une EURL). Elle fait le chiffre d'affaires, vous verse une rémunération au coût social le plus bas possible, et paie son impôt sur les sociétés.
- Au-dessus, une holding (souvent une SASU) qui détient la société d'exploitation. Le bénéfice remonte sous forme de dividendes. Grâce au régime mère-fille, il n'est quasiment pas imposé une deuxième fois : seuls 5 % du dividende reçu sont soumis à l'impôt sur les sociétés de la holding.
Résultat : le premier étage vous fait vivre tranquillement, le second construit votre patrimoine (immobilier, autre activité, placements) avec de l'argent qui n'est passé ni par les cotisations, ni par votre impôt sur le revenu. Si vous faisiez la même chose avec une société seule, vous devriez d'abord sortir l'argent pour vous, et il serait taxé dans tous les sens avant d'être investi.
Ma conviction, c'est que si vous êtes là pour construire, il n'y a pas de bon moment à attendre : c'est dès le départ que ça se pense.
Quand ce n'est pas la bonne idée
Deux sociétés, ce sont deux bilans, deux jeux de formalités et des règles à respecter (pour le régime mère-fille, la holding doit détenir au moins 5 % du capital de la filiale et garder ces titres au moins deux ans). Si vous avez besoin de tout ce que vous gagnez pour vivre, ou si vous n'avez aucun projet d'investissement, la holding ajoute un coût sans rien rapporter.
Et le piège classique : vouloir faire facturer des « frais de gestion » par la holding à la société d'exploitation pour déplacer le bénéfice. Quand une seule personne dirige les deux étages, c'est très difficile à justifier, et c'est un redressement qui revient depuis des décennies (voir ce qui se fait vraiment redresser en contrôle).
Ces formes ne sont pas les seules. D'autres structures, moins connues et parfaitement prévues par la loi, changent encore l'équation selon votre activité et vos objectifs. C'est précisément ce qu'on regarde au cas par cas.
On peut tout changer, à tout moment
Ce qui est génial en fiscalité, c'est qu'une structure n'est jamais gravée dans le marbre. Le couple de dirigeants dont je parlais plus haut l'a fait après vingt ans. Ce qui était juste quand vous touchiez le chômage peut devenir coûteux quand l'entreprise grandit. La bonne structure est celle qui suit vos objectifs, et vos objectifs bougent.
Questions fréquentes
Faut-il choisir la SASU quand on touche le chômage ?
Souvent, oui : vous vivez de l'ARE pendant la durée de vos droits, sans vous verser de salaire, donc sans cotisations sur votre rémunération, et la société met de côté au maximum. Le calcul reste à faire selon votre situation, notamment si vous envisagez de demander une partie de vos droits en capital (ARCE).
Les dividendes d'une SASU sont-ils soumis aux cotisations sociales ?
Non. Ils supportent le prélèvement forfaitaire unique, de 31,4 % depuis 2026, impôt et prélèvements sociaux compris, mais pas de cotisations sociales. En EURL à l'IS, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital, des primes d'émission et des comptes courants est soumise aux cotisations.
SASU ou EURL : laquelle protège le mieux ?
Le président de SASU est assimilé salarié et relève du régime général : sa protection sociale est plus large, mais plus chère. Le gérant d'EURL est travailleur non salarié : il cotise moins, pour une protection plus légère. Le bon arbitrage dépend du niveau de protection que vous voulez et de ce que vous êtes prêt à payer pour l'avoir.
Peut-on passer d'une SASU à une EURL, ou l'inverse ?
Oui. Une structure n'est jamais gravée dans le marbre : elle peut changer quand l'activité ou vos objectifs changent. Le couple de dirigeants cité plus haut l'a fait après vingt ans en SAS, et chaque année passée dans l'ancienne structure leur coûtait plus de 60 000 €.
Les 5 questions à trancher avant de choisir
- Ai-je des droits au chômage, et pour combien de temps ?
- De combien ai-je besoin chaque mois pour vivre, réellement ?
- Ai-je un projet d'investissement (immobilier, deuxième activité, placements) dans les trois ans ?
- Quel niveau de protection sociale je veux, et combien suis-je prêt à le payer ?
- Est-ce que je compte revendre ou transmettre un jour ?
Vos réponses désignent la structure. Le choix de statut n'est que leur conséquence.
Jérôme Jonnard, CEO de Déclic Entrepreneurs. Chez Déclic, nous accompagnons les indépendants et les dirigeants de TPE sur leur stratégie fiscale, sociale et financière, et parmi nos experts en fiscalité, certains sont d'anciens contrôleurs. Vous créez votre société ou vous vous demandez si la vôtre est encore la bonne ? Réservez votre diagnostic gratuit : nous évaluons avec vous combien Déclic peut vous faire économiser chaque année en charges URSSAF et en impôts, selon votre situation personnelle et professionnelle.
Sources officielles
- Prélèvement forfaitaire unique à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026 : impots.gouv.fr, « Les revenus mobiliers » (page modifiée le 08/04/2026) et service-public.gouv.fr, fiche F2329 (vérifiée le 30/06/2026).
- Cotisations sur la part des dividendes au-delà de 10 % : article L136-3 du code de la sécurité sociale (version du 28/02/2025) et URSSAF, réforme des cotisations des indépendants.
- Cotisations minimales des indépendants : URSSAF, « Vos cotisations ».
- Régime mère-fille : article 145 et article 216 du CGI.
- ARE et création d'entreprise (maintien de l'allocation ou ARCE) : service-public.gouv.fr, fiche F15252 (vérifiée le 13/08/2026).
Sources consultées le 5 octobre 2026.
Dernière mise à jour : 22 octobre 2026
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